Cet article est le premier d'une série à destination des personnes qui ont envie de tenter l'expérience de passer à leur propre compte et qui se posent un tas de questions. La bonne nouvelle, c'est que pas mal de gens sont déjà passés par là, vous pouvez donc capitaliser sur leur expérience et sur les erreurs qu'ils ont déjà pu commettre. N'hésitez pas à me parler de votre situation dans les commentaires, je serai ravis de répondre à vos questions !

Quitter son travail : Oui, mais à quel prix ?

Cette idée vous trotte dans la tête depuis trop longtemps maintenant. Vous supportez de moins en moins le monde des salariés, des petits chefs, des guerres de pouvoirs, des potins à la machine à café, des clans, du cirage de pompes, de la dépendance à un supérieur et des angoisses de se faire virer. Vous avez le sentiment de pouvoir apporter une vraie valeur à vos futurs clients en adoptant une approche différente de vos concurrents. Félicitations, vous êtes en train de décider de passer à votre compte !

Par contre, chaque fois que vous vous imaginez en parler à votre boss, vous sentez cette petite goutte de sueur descendre tranquillement le long de vos tempes. Pas évident de trouver les bons mots à l'heure où vous n'êtes vous-même pas sûr de votre projet. La bonne nouvelle, c'est qu'il existe des aides financières pour assurer en douceur la transition dans votre nouveau mode de travail.

Fin de contrat ? Rupture conventionnelle ? Démission ?

La palette de choix pour quitter son travail est plutôt large en France. Je ne vous ferai pas la présentation de tous les moyens qui existent pour quitter son travail (sauf si vous insistez lourdement dans les commentaires), mais en général je les classe en 2 types : ceux qui vous ouvrent vos droits au chômage, et les autres.

😎 J'ai obtenu une rupture conventionnelle

Bravo ! Vous faites partie des 437 000 chanceux de 2018 qui ont réussi à négocier une sortie par la grande porte. Vous ouvrez donc automatiquement vos droits auprès de Pôle emploi et pouvez sauter les lignes qui suivent jusqu'aux détails des aides disponibles.

😱 Je n'ai pas obtenu la rupture conventionnelle

C'est le cas le plus probable. Les entreprises sont rarement ouvertes aux ruptures conventionnelles, et encore moins au licenciement à l'amiable. Vous pouvez décider de rester dans l'entreprise et attendre une meilleure opportunité pour renouveler votre demande. Un contexte économique qui change, un coup dur pour l'entreprise (COVID-19 ?), et votre patron peut changer de discours sur une éventuelle négociation de départ. C'est une bonne option, mais pas toujours facile de rester alors que vous venez d'avouer vouloir quitter l'entreprise.
Sachez qu'il existe aussi une solution alternative qui peut être utile pour ouvrir vos droits : Le portage salarial.

Il s'agit d'un statut reconnu par le code du travail depuis 2013, à mi chemin entre le salariat et le freelance. Le principe est simple, vous êtes salarié d'une entreprise (de portage) qui vous emploie lorsque vous avez trouvé un client. La durée et la rémunération de votre CDD de portage seront celles que vous aurez négocié vous-même avec ce client.

Grâce au portage salarial, vous pouvez démissionner de votre poste actuel, effectuer 4 à 6 mois en CDD de portage et ouvrir automatiquement vos droits chômage sur l'ensemble de vos cotisations.

L'autre avantage du portage salarial est qu'il vous permet de mettre un premier pied dans le freelancing sans trop vous mouiller. Il n'y a AUCUN papier à signer autre que votre contrat de travail avec la société de portage. Pas de structure à monter. Simple, basique.

Se mettre à son compte : Quelles sont les aides ?

Il existe 3 types d'aides que vous pouvez demander à Pôle emploi (si vous avez ouvert vos droits). Prenez un café, détendez-vous, on va se familiariser avec les sigles un peu barbares de ces aides pour faire le bon choix.

Petit aparté : La France est l'un des rares pays qui permet de lancer une entreprise sans trop prendre de risques au départ. Ne passez pas à côté de ces aides ! En contrepartie, lorsque vous gagnerez de l'argent, vous devrez en reverser une bonne partie à l'État. C'est le jeu dans ce pays qui se veut solidaire, le système de santé est l'un des meilleurs au monde, les routes sont globalement en bon état, les écoles sont gratuites, etc...

L'ACRE (anciennement ACCRE)

L'Aide aux Créateurs et Repreneurs d'Entreprises est un dispositif qui vous permet d'obtenir une réduction la première année sur les cotisations sociales que vous allez payer en étant freelance. Nous reviendrons en détail sur les cotisations sociales  à payer en fonction du statut de l'entreprise.

Cette réduction est valable pendant les 12 premiers mois de votre activité, de quoi vous lancer sereinement. Profitez-en !

L'ARCE

⚠️ Prérequis : Obtenir l'ACRE.
❌ Non compatible avec le maintient des ARE (voir plus bas).

L'Aide à la Reprise ou à la Création d'Entreprise est un dispositif qui vous permet de toucher quasiment la moitié (45%) de vos droits chômage, en 2 versements (le premier au début de la création de l'entreprise et le second après 6 mois). C'est très pratique si vous avez besoin de cash pour démarrer votre activité (acheter un bon ordinateur, des licences, ...).

🤓 Un cas concret

John est inscrit comme demandeur d'emploi après plus de 2 années passées en CDI. Ses indémnités chômage s'élèvent à 50€ / jour pendant 730 jours (2 ans).
L'ensemble de ses droits chômage s'élève donc à 50€ x 730 = 36 500€.
Grâce à l'ARCE, il pourra toucher 45% de ce montant, soit 36 500€ * 0.45 = 16 425€ en 2 versements.
Le premier versement de 8 212€ se fera lors de la création de son enteprise, et il touchera à nouveau 8 212€ au bout de 6 mois (s'il en fait la demande).

❕Bon à savoir : Le reste de vos droits chômage (les 55%) sera toujours disponible par la suite si vous arrêtez votre activité.

Le maintient des ARE

❌ Non compatible avec l'ARCE (voir plus haut).

En créant votre entreprise, Pôle Emploi vous permet de toucher vos indemnités chômage lorsque vous ne faites pas de chiffre d'affaires (ou verse le complément). Cette option peut s'avérer particulièrement avantageuse si vous n'encaissez pas d'argent tous les mois, ou si vous ne vous versez carrément pas de salaire (le statut SASU le permet, nous verrons ça dans un prochain article).

🤓 Un cas concret

John est inscrit comme demandeur d'emploi après plus de 2 années passées en CDI. Ses indémnités chômage s'élèvent à 50€ / jour pendant 730 jours (2 ans). Il prévoit de facturer ses client une fois par semestre et vivre avec ces revenus pendant les 6 prochains mois.
Mois 1, 2, 3, 4 et 5 : Il perçoit ses allocations chômage (50€ / jour).
Mois 6 : Il ne perçoit pas d'allocations chômage mais bénéficie des revenus liés à son activité.
Mois 7, 8, 9, 10, 11 : Il perçoit ses allocations chômage (50€ / jour).
Mois 12 : Il ne perçoit pas d'allocations chômage mais bénéficie des revenus liés à son activité.
Au final, il aura perçu 10 mois d'allocations chômage, soit environ 15 208€ en plus de ses revenus freelance.

Le mot de la fin

Il existe plusieurs aides que vous pouvez utiliser en fonction de votre situation. Certaines sont cumulables, d'autres non. C'est toujours difficile de faire un choix à l'heure où vous n'avez rien commencé à bâtir, et pas encore de vrai projection de chiffre d'affaires et de revenus. De toute façon, malgré tous les conseils que vous pourrez recevoir, je vous encourage vivement à prendre vos propres décisions quitte à faire des erreurs. On ne paye toujours que le prix de la leçon que l'on mérite. Vous n'avez pas pris la bonne décision et perdu quelques milliers d'euros ? C'était le prix de la leçon à payer pour ne plus jamais refaire cette erreur ! Courage, le meilleur est à venir.

Quel statut pour un Freelance Web ?

Votre ordinateur est votre seul outil de travail ? Ça tombe bien. Je suis en train de rédiger un article sur les statuts Freelance spécifiquement pour ce cas. Micro-entreprise, EI, EURL, SASU ... toutes ces différences sont complexes à comprendre au début. N'hésitez pas à me faire part de vos questions dans les commentaires !